Comment j’ai obtenu mon visa d’épouse pour les USA !

Howdy y’all !

C’est jour de fête. Je vous écris depuis Dallas, où je suis (enfin !) « lawfull permanent resident ». Depuis le 26 juin, où j’ai passé l’immigration tard le soir, après un petit détour par Austin Texas où l’on a atterri pour re-décoler 1heure plus tard afin d’éviter les orages…  Du coup, j’avais envie de reprendre avec vous toutes les étapes de ce processus, qui au final aura duré pour nous plus d’un an !

Etape n°1 : se marier. Nous nous sommes mariés à la mairie le 11 janvier 2014. Nous préparions alors notre mariage religieux un peu plus tard, entourés de nos familles. Nous travaillions tous les deux, alors nous avons bêtement pris un peu de temps à passer à l’étape n°2…

Etape °2 : Monsieur l’Américain doit demander l’initiation du dossier du visa pour son épouse étrangère au NVC, le National Visa Center. Au mois de février, nous remplissons le formulaire G325-A (oui, vous aurez le droit à tous les numéros de formulaire, c’est votre punition), qui est un formulaire biographique. Je dois déjà communiquer mes différentes adresses pour les 5 dernières années, mes employeurs. Nous payons une première fois 420 dollars de frais de candidature.

Etape n°3 : Le 9 avril, nous recevons l’e-mail confirmant l’initiation de notre dossier le 7 avril. C’est la date officielle. A partir de là, je suis prioritaire dans la liste des demandeurs de visa. Nous remplissons aussi le formulaire I-130 que nous envoyons le même jour. C’est LE formulaire de demande de visa d’épouse. Comme nous n’en avons pas de nouvelle, nous envoyons un e-mail de demande d’information le 4 juin.
La réponse arrive le 9 juin 2014, avec acceptation de ce formulaire I 130. Là, on se dit que ça devrait le faire pour la fin de l’été. Comme j’ai été optimiste, j’ai démissionné le 30 juin de mon poste de pneumologue hospitalier (ce que je ne regrette aucunement, cet hôpital aurait sans doute eu ma peau).

Etape n° 3bis : Le 9 juin, je reçois de mon côté un e-mail me demandant le formulaire DS 261, un formulaire qui demande mon e-mail (qu’ils ont déjà donc … vous me suivez ?) pour continuer la correspondance par e-mail. Ils me demandent aussi si je veux désigner une tierce personne, comme un avocat, pour s’occuper de mes papiers.

Etape n°4 : Le 17 juin, on reçoit l’e-mail nous demandant de payer les 88$ de frais pour remplir l’Affidavit of Support I 864. Nous payons dès réception du mail (le 20 juin, nous sommes déjà dans les cartons jusqu’au cou, je travaille encore), et l’Affidavit of Support est envoyé le 10 juillet. C’est un document d’une dizaine de pages, où mon mari donne des informations du genre secret défense sur ses revenus et ses économies, pour justifier qu’il gagne au moins 125% au dessus du seuil de pauvreté et qu’il pourra donc me prendre en charge. Il jure aussi ses grands dieux que même si nous divorçons, il s’occupera de moi financièrement pendant 10 ans.
Sauf que le 2 septembre, on reçoit un e-mail qui nous dit qu’on a oublié une seule foutue ligne … Une ligne d’addition des différentes personnes financièrement soutenantes, c’est à dire une seule personne (vous pensez quand même pas que le NVC pourrait faire l’addition pour nous …) Le document est renvoyé et reçu le 9 septembre.

Etape n°4 bis : Le 28 août, je reçois un e-mail qui me demande 230$ de frais de candidature. Nous les payons le jour-même. Il faudra près d’un mois pour qu’ils soient reçu par le NVC. Entre temps, le 5 août, on reçoit un message qui dit que c’est le bazar au NVC et qu’il ne faut plus 30 jours, mais 60 jours à chaque envoi pour arriver à lire nos documents …

Etape n°5 : Le 3 novembre, ils confirment que l’Affidavit of Support est complet et qu’ils ont bien reçu notre argent. je dois alors remplir le formulaire DS 260. Je remplis aussitôt ce document, ce qui m’a pris, montre en main, 2 heures. Oui, parce que c’est ma biographie de mes 10 dernières années … Mes employeurs (et donc tous mes stages d’interne) avec adresse ET numéro de téléphone (sans parler de la restructuration de l’APHP et des hôpitaux de Corbeil et Evry, j’espère qu’ils n’ont essayé de joindre personne au téléphone). Mes adresses personnelles (et comme j’ai déménagé à peu près tous les 3 ans, ça en fait quelques unes). Les questions concernant mes hypothétiques activités terroristes et/ou communistes.
En parallèle, j’envoie des copies de mon acte de naissance, mon acte de mariage, mon casier judiciaire, mon passeport … A une adresse aux USA, différente de l’adresse où mon Julot a envoyé l’Affidavit of Support, et encore différente de l’adresse où l’on a envoyé la demande toute initiale. A chaque fois un état différent. Le 21 novembre, ils confirment la réception du DS 260 et de l’ensemble de mes documents. Je reçois cette confirmation le 1 décembre.

Etape n°5 bis : là commence l’attente de la lecture de ces documents. Parce qu’après cela, il n’y a « plus que » le rendez-vous médical et à l’ambassade. Je rentre en France le 13 décembre, après 3 mois aux USA … Je sais qu’il leur faut 60 jours pour lire tout ça … Je calcule donc que je n’aurai pas de nouvelle avant la fin janvier … Pendant ce temps là, je travaille en France. C’est la chianlit. Finalement, la dernière semaine de janvier, n’ayant pas de nouvelle du NVC, je craque et rachète un aller-retour pour les Etats Unis, départ le 18 février. Après 2 mois de séparation …

Etape n°6 repoussée : Le 4 février, ils me donnent rendez-vous le 11 mars à l’ambassade à Paris. Si vous me suivez bien, vous avez remarqué que je suis aux USA à cette date là. J’ai décidé que vu le temps qu’ils m’ont fait attendre, ce serait à eux de m’attendre. Oui, je fais ma tête de cochon. Je repousse donc le rendez-vous à l’ambassade le 2 juin, et j’obtiens un RDV avec l’un des 2 médecins assermentés le 20 mai.

Etape n°6 donc : rendez-vous chez un médecin assermenté par l’ambassade. Pour la France, la liste comporte 2 médecins, tous deux en région parisienne. C’est donc 180 euros pour la consultation d’un médecin généraliste, tout Américain qu’il soit, 35 euros une radio des poumons, et 45 euros une prise de sang pour le dépistage de la syphilis. J’ai flippé pour cette consultation. Parce que j’ai eu du mal à me remettre d’une sinusite (genre la fille qui tousse et qui se fait suspecter la tuberculose). Parce que je m’imaginais que je serais dépistée de la tuberculose sur la prise de sang (je pensais que c’était ce test qui justifiait le prix de la consultation) et que vu mon métier ce test serait peut-être positif (explication concernant le dépistage de la TB dans un autre chapitre …). Le matin même enfin, parce que j’ai cru pendant 3 heures que mes vaccins n’était pas à jour (contre la coqueluche, mais le médecin du travail de mon premier hôpital avait fait du zèle, et je ne l’avais pas vu).
A ceux qui pensent que c’est une forme de racket … Je crois que vous avez raison. J’ai reçu à la fin de la journée une enveloppe scellée, à remettre le jour de l’entretien à l’ambassade.

Etape n° 7 : Le 2 juin, après avoir retrouvé mon Julot à Paris (pure coïncidence, sa présence n’était pas requise), je vais à l’ambassade des USA à Paris. Là aussi j’ai flippé … Parce que je suis une flippeuse … C’est tout. Parce que j’ai lu plein de trucs sur internet. Après avoir vérifié 20 fois les documents nécessaires, j’ai découvert 10 minutes avant mon départ pour la gare et 1h avant le départ de Julot pour l’aéroport qu’il me manquait sa dernière déclaration de revenus américaine. Il m’a remis « en main propre » ce document le 2 juin au matin … Genre juste à l’heure. J’avais aussi préparé mon album de photos de mariée, pour montrer la véracité de notre amour, mes billets d’avion de retour de mes séjours aux USA, pour prouver que je n’étais pas restée illégalement (histoire lue d’un Australien tentant de retrouver son épouse Américaine).
A l’ambassade, après s’être fait délestée de mon téléphone portable éteint et de mes écouteur (des fois que j’aimerais écouter l’ambassadrice …), je rencontre 3 personnes en 2 heures. Tout se sera passé en Français. La première personne, c’est seulement pour vérifier que je suis bien là. La seconde, visiblement Française, récupère les originaux des documents que j’avais envoyé en novembre. A ma surprise, les copies postées à une adresse aux USA ont eu le temps d’être renvoyées à l’ambassade à Paris. Il ne manque rien, y compris la déclaration de revenus … Elle récupère aussi l’enveloppe scellée du médecin et mes photos 5 X 5 cm à 25 euros les 2 photos… Puis je rencontre l’officier consulaire, visiblement Américaine, mais qui me parle en Français. Elle me demande la date de mon mariage, le nombre d’invités à la réception (et je m’embarque dans les explications mariage à la mairie / mariage religieux familial), comment je l’ai rencontré … Et en 2 minutes c’était plié. « L’entwetien s’est twès bien passèé » (tentative médiocre de reproduire l’accent américain).

Etape n°8 : comme je suis supersititieuse, je n’ose pas crier victoire avant que ma mère ne reçoive les documents par la poste à la maison (je suis encore à Paris) : une enveloppe scellée à remettre à l’officier d’immigration lors de mon arrivée aux USA, mon passeport avec le visa d’immigrante et une demande d’argent (encore) de 165 $ pour les frais de carte verte. Nous étions au Buttes Chaumont quand ma maman m’a appelée, et je peux vous dire que pendant 1 heure on a sautillé de joie dans tout le parc.

Etape n° 8 bis : Le 26 juin, je pars avec un aller simple vers Dallas. Si j’ai retenu une chose de ce voyage, c’est que pour toutes les personnes qui m’on demandé si je voyageais avec une ESTA et que j’ai répondu « non, un visa d’immigrante », il a été difficile de comprendre que c’était une bonne fois pour toute. Plusieurs personnes m’ont demandé combien de temps je comptais rester (la sécurité d’American Airlines à Londres, la douane après l’immigration). Je vous passe l’épisode de l’orage à l’aéroport exactement 2 minutes avant notre atterrissage, avec pour conséquence la déviation de notre avion à Austin. Une heure pour définir un nouveau plan de vol et faire le plein de carburant et une heure pour décoller d’Austin et revenir à Dallas…
Pour l’officier d’immigration, je crois que je l’ai un peu dérangé en train de manger des graines de tournesol. Il regarde mon visa … Il regarde l’enveloppe scellée. « What happened to the documents with the envelope ? » Je dégaine les 4 pages dont celle qui réclamait de l’argent … « No one with your picture on it ? » Non Monsieur. Il déchire alors littéralement l’enveloppe… Et oui, ma photo elle était dedans … (NB pour Marie et Marie Pierre, pas de cannabis dans l’enveloppe).
Il m’emmène dans le bureau où un 2ème agent a commencé à tout regarder. Un 3ème agent pendant ce temps m’a pris mon empreinte de l’index droit, à l’encre (à l’ancienne), 2 fois. Ainsi que ma signature. A posteriori, je me rends compte que je ne sais même pas ce que j’ai signé … Puis le 2ème me tend mon passeport tamponné (date limite d’utilisation 2 ans) … Et c’est tout ? Et la carte verte arrivera bien par la poste ? Là, c’est un 4ème agent, un peu plus bavard et amical qui m’explique que oui, d’ici 3 à 6 mois je devrais recevoir ma Green Card. Je ne dois pas m’inquiéter, j’ai déjà le droit de travailler avec ce tampon dans mon passeport …

Après la douane, qui m’a souhaité « Welcome » une fois qu’elle a compris que je restais, je me suis sentie littéralement libérée, malgré mon corps qui me disait qu’il était à peu près 5 heures du mat (22h heure locale). Et je suis tombée dans les bras de mon mari.

Et voilà … Un résumé un peu long de mon visa d’épouse (dont je ne connais toujours pas le numéro). Et comme dirait mon ami Gilles … Pour un tel changement de vie, il faut le temps du voyage, et l’avion c’est trop court !
Ce que je retiens de cette procédure ? Tout d’abord qu’on a été vachement optimiste au départ dans les délais. Qu’ensuite il ne faut pas oublier une seule ligne, et c’est peut-être à ce moment là qu’on aurait rentabilisé des frais d’avocat … Mais ce que je retiens de cette année, c’est que ça m’a donné le temps de faire ma propre transition. Quitter mon hôpital, quitter mon appartement, puis décider que je voulais « changer de métier » … Et plus récemment, en fait pendant mon 2ème séjour aux USA (que je ne regrette donc vraiment pas), décider que je voulais exercer mon métier autrement, et commencer à mettre mon projet en oeuvre.
Cette année, bien qu’éprouvante, je décide d’en retenir le meilleur. Et notamment le temps qu’elle m’a donné pour mûrir.

Et aujourd’hui ? Je me sens comme une jeune mariée qui peut enfin emménager avec son nouveau mari, après de si longues fiançailles …

Je vous embrasse,

The lawful permanent resident frog !!!

Réveil frileux

Bonjour à toutes et à tous,

Cela fait quelques temps que je n’ai pas écrit. Initialement complètement absorbée par mon travail de pneumologue intérimaire (oui, ça existe !!), j’ai ensuite beaucoup angoissé à l’idée de mon voyage vers les USA. Je suis partie le 18 février, après à peine un peu plus de 2 mois en France (je le note pour plus tard …).

Le vol s’est lui-même bien passé, y compris la correspondance d’1h50 à l’aéroport de Londres (avec changement de terminal, passage de la sécurité, passage de la pré-immigration sans difficulté, re chek-in et pique-nique). Les choses se sont un peu compliquées à l’arrivée. Je fais gentiment la queue à l’immigration, dans la file ESTA. Quand je passe devant l’officier d’immigration, il me demande pourquoi je viens aux USA et quand je rentre en France. Ma réponse est prête, I’m visiting my husband. Et je rentre le 4 mai … parce que le 5 mai mon ESTA expire (et je ne lui ai pas dis que ça m’a coûté 200 euros pour m’en être rendue compte la veille de mon départ et pour modifier à la dernière minute la date de mon retour qui était initialement le 15 mai …).

Et là, la réponse qui tue : You spend more time in the USA than in France …  Parce qu’il a sous les yeux mon historique de voyage. Et comme j’ai passé 3 mois aux USA entre septembre et décembre, seulement 2 mois en France (vous l’aviez bien noté hein?) … Et me voilà dans la salle du temps qui s’arrête. La numéro 3. Celle où on fait un peu peur aux gens, où on leur posera plus de question quand ce sera le bon moment …

Donc je m’assois et je patiente, partie pour de longues heures d’attente en mon for intérieur. J’ai lu récemment l’histoire d’une résidente française aux USA, qui a passé 3 heures dans ce genre de salle, avant de recevoir un coup de tampon en 3 minutes … Alors je suis préparée à attendre longtemps, un pincement au coeur pour mon chéri qui m’attend de l’autre côté du mur. En fait, l’attente a duré tout au plus un quart d’heure. Et on m’appelle …  par mon prénom, alors je ne réponds pas tout de suite. L’officier d’immigration (un autre cette fois), me demande pourquoi je viens aux USA. I’m visiting my husband. Il vérifie donc un peu la véracité du husband. Pas en me demandant son nom ou mon livret de famille, que j’ai dans mon sac. Mais en me demandant quand nous nous sommes mariés, où, de quand à quand a-t-il vécu en France … Et finalement il me demande si je comprends bien que je devrai rentrer en France le 4 mai. Je lui réponds que oui, que j’ai mon rendez-vous à l’ambassade pour finaliser mon visa d’épouse et que pour rien au monde je ne le manquerais.  Alors avec un grand bruit bureaucratique, mon passeport reçois le tampon « Admitted » … Ouf, je peux sortir libre de la salle numéro 3 et je rejoins 5 minutes plus tard, en larmes, mon mari.

Parce que le tampon « Admitted » est teinté de culpabilité. Oui, j’ai reporté d’un mois mon rendez-vous à l’ambassade pour permettre ce voyage. Oui, je ne travaille de nouveau plus pendant 2 mois. Ou du moins je travaille d’un travail non reconnu par la société : apprendre l’anglais, faire un projet professionnel pour mon retour.
Je me suis morfondue pendant 2 jours. Un peu perdue dans cet océan d’accent texan, bien perdue dans un jetlag … Et puis samedi la vie a commencé à reprendre. Nous avons fait les courses à Central Market (ce magasin pour bobo qui mangent des trucs bio et du bout du monde). Nous avons rendu visite à Belle-Maman, qui est toujours très accueillante et encourageante. Dimanche j’ai retrouvé notre paroisse. Celle où tout le monde m’a souri en me disant « Welcome back ». La langue de l’un d’entre eux a même fourché et m’a souhaité Welcome Home… Ici je suis Madame Frog, l’épouse de Monsieur Frog. Et je suis accueillie … Et c’est bon.

La morale de l’histoire, c’est qu’il ne faut jamais compter sur l’officier de l’immigration pour se sentir accueillie aux USA… Surtout quand on joue à la limite des règles du jeu …

dallas glacée

Enfin, j’ai intitulé ce billet « Réveil frileux » parce que notre météo fait des siennes. J’ai découvert le « sleet ». La pluie verglassante à la texane. Le sol est devenue une plaque de verglas géante. Ben oui, les texans vont quand même pas avoir un « plan salage » pour une ou deux journée dans l’année … Du coup nous sommes avec mon chéri en mode cocooning à la maison… Et c’est bon !!!

Je vous embrasse,

Madame Frog …

Dallas sous la glace