L’étrangère (mais pas de Camus)

Good morning y’all !

J’ai été bien silencieuse la semaine passée. J’ai eu un gros coup de mou. La semaine pascale a été vraiment fatigante et m’a mise au défi (lire devant la paroisse, ce n’est pas facile en Français, ça l’est encore moins en Anglais). J’avoue que ma mini-victoire, c’est que personne n’est venu me voir en me disant qu’il n’avait rien compris.

Mais depuis lundi dernier, j’ai fait une promenade au pays de la déprime. Avec cette impression d’être étrangère, encore et encore … Mardi j’ai découvert que même si c’est l’Ambassade des USA qui m’a donné mon rendez-vous à l’ambassade, il fallait quand même que je l’enregistre sur un autre site internet (et donc que je redonne mon adresse, ma date de naissance, etc.).
Vendredi soir, nous sommes sortis au restaurant du coin. Nous avons commandé deux bières avec mon mari … Et là, la serveuse qui fait du zèle et qui nous demandes nos cartes d’identité. Mon chéri dégaine son permis de conduire texan, je dégaine mon passeport français. Un passeport quoi ! Avec ma photo qui fait la gueule et surtout ma date de naissance qui dit que j’ai 34 ans, bien tôt 35, soit 13 ans de plus que l’âge légal débile de 21 ans pour boire de l’alcool dans ce pays héritier de la prohibition. Mais un passeport, c’était trop nouveau pour cette jeune serveuse … Elle a ressenti le besoin de me l’emprunter pour vérifier avec son manager … Oui, j’étais l’étrangère ce soir là, et du coup je ne me suis pas privée de parler le Français, un peu fort.

Dimanche matin, après le culte, le don du sang s’était installé pour une matinée dans notre  église. Mon chéri, donneur régulier, a voulu renouer avec ses anciennes habitudes. Je suis aussi donneuse en France, alors je me dis que « pourquoi pas ? ». On demande à la dame de l’accueil. « OK, but with a state ID ». Ce qui veut dire qu’elle ne veut qu’un permis de conduire du Texas … D’accord. Je m’éloigne pour attendre mon mari. Elle me rappelle de loin pour me dire qu’un passeport, ça ira aussi. D’accord. Je reviens.
Là commence l’interrogatoire préliminaire. On te fait lire les règles, sauf qu’en France tu le fais dans la salle d’attente. Là, la technicienne te regarde lire … Puis elle te prends la tension, la température (98°6, définitivement trop haute), me demande mon poids (que je lui donne en kilogrammes, qu’elle a péniblement traduit en pounds …), me pique le doigt pour connaître mon taux d’hémoglobine (qui est normal pour ceux que ça intéresse). Ensuite seulement elle commence à me poser les questions du genre est-ce que je me suis déjà droguée, est-ce que j’ai plus de 4 enfants, est-ce que j’ai eu des relations sexuelles contre de l’argent, etc. Puis viennent les questions géographiques du genre « Avez-vous passé plus de 3 mois en Grande Bretagne entre 1980 et 1996 ». Non. avez vous passé plus de 5 ans en Europe avant 1996 (cf liste des pays n°xx qui donne en fait les départements d’outre-mer de la France). Là je ne sais comment répondre. Oui je vis en France, mais je n’ai jamais vécu dans ces départements). On prend donc 10 minutes pour trouver la responsable qui nous explique qu’il y a une erreur, qu’on en a rien à cirer des DOM-TOM et que c’est vraiment de la France métropolitaine qu’on parle. Donc oui, j’y ai passé plus de 5 ans. Après 20 minutes (mon cher et tendre avait déjà rempli sa poche, lui !), la réponse tombe : je ne pourrai jamais donner mon sang aux USA, « à cause de la vache folle… » Jamais. J’aurai beau devenir immigrante, avoir une carte verte, parler l’anglais, manger du boeuf texan, le risque est considéré comme persistant pour ma vie entière. J’avoue qu’à ce moment là j’ai pensé aux Français qui refusent le sang de ceux qui ont passé un certain temps en Grande-Bretagne. J’ai aussi eu une pensée pour les donneurs de sang de Grande-Bretagne, pour les receveurs britanniques …

Je suis médecin, donc d’un point de vue extérieur, je peux comprendre le rapport bénéfice-risque d’une telle règle. Mais j’avoue que toute cette semaine, je me suis sentie étrangère. Différente. Oui, mon passeport est brun et non bleu. Ma prononciation du th se rapproche plus de celle du z. J’ai été élevée à la viande européenne (on pourrait débattre là dessus des siècles). J’essaye d’immigrer aux USA. J’ai maintenant le rendez-vous avec le médecin agréé de l’ambassade, dont la principale mission est de vérifier mes vaccins et l’absence de tuberculose évolutive (et comme pneumologue, je peux vous dire que je n’ai pas l’esprit tranquille).

Les impôts français ont aussi envoyé sa déclaration 2014 à mon mari, assorti d’un document rose pour les revenus à l’étranger de contribuables « français ». 10 pages incompréhensibles pour moi, qui aie pourtant un peu l’habitude de l’administration française … Argh …

Passeports

J’aimerais simplement être un peu comme les autres. Qu’on arrête de me montrer ma différence d’origine administrative. Je me demande si cette impression cessera quand je pourrai dégainer un permis de conduire texan. Est-ce que les gens tomberont dans l’excès inverse, estimant qu’ayant des papiers je suis supposée tout comprendre sans que l’on m’explique ?
Heureusement, mon mari et sa famille m’accueillent, indépendamment de la couleur de mes papiers. Et c’est ce qui me redonne un peu d’énergie pour les jours à venir.

Je vais m’arrêter là… Vous qui êtes de passage ici, partagez vos expériences s’il vous plaît. Les négatives, mais aussi les positives. Elles me donneront un peu de force pour continuer.

La grenouille transatlantique.

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